25.04.2008
My Father, My Lord
Traiter de l'orthodoxie religieuse sans austérité, sans manichéisme, sans partisanerie franche, sans blâme, ni louange n'est sans doute pas exercice aisé surtout lorsque cela est fortement autobiographique.
David Volach y parvient avec intelligence et subtilité dans son premier film sorti en salles cette semaine, My Father-my Lord.

C'est au travers le prisme d'un jeune garçon fils d'un rabbin ultra-orthodoxe qu'il questionne tout en nuances le suivi rigoureux du dogme.
Le choix de l'âge du gamin est fondamental dans la réussite du film: 7 ans environ: l'âge des questions. pas de révolte contre la religion comme cela aurait pu être le cas avec un adolescent), mais des questions naïves à un père somme toute démuni de réponses ("Un chien a-t-il une âme?" ou le pourquoi l'observance de la phrase du Tikouné Hazohar disant: "Quand tu rencontreras un nid d’oiseaux, tu renverras la mère et tu garderas les petits"), une tristesse devant l'obligation paternelle de détruire des images représentant un peuple qui vénère des idoles, un désir de jouer plutôt que de prier... La fraîcheur de son regard permet de sonder les obligations du dogme sans jamais les pointer du doigt. De se demander s'il est normal que la Torah régisse la vie quotidienne dans ses moindres détails. De mettre sa vie dans les mains d'un Dieu.
Le film bascule dramatiquement lors du voyage familial au bord de la mer morte mais poursuit son cheminement non pas argumentatif mais toujours interrogatif, n'imposant aucun point de vue.
Un avion en papier, une bouteille à la mer, une perche à peine tendue... voilà des manières de concevoir les interpellations faites au spectateur. "J'étais dans les mains de Dieu" se justifie pathétiquement le père endeuillé pour se justifier de ne pas avoir veillé en permanence sur son fils. "On ne pleure pas pendant Shabbat" rappelle-t-il à sa femme éplorée.. C'est dans les détails, au détour des dialogues que David Volach induit chez nous l'idée d'absurdité qui émane du strict suivi de la foi. On saisit la perche.. ou non, en pouvant tout aussi bien se dire que s'il est arrivé malheur à l'enfant, c'est parce qu'il ne s'est pas adonné à la prière rituelle comme il aurait du.
Lent et méditatif mais sans ennui, filmé dans des coloris sépias, My Father my lord est teinté d'une certaine mélancolie et d'une grande tendresse évoquant avec pudeur et sobriété l'amour parental et conjugal, l'attachement aux racines. David Volach dit avoir perdu la foi à 25 ans... il n'en garde pas moins un perceptible respect pour les traditions et la famille. Toujours le regard du père sur son fils reste plein d'affection et la mère, extrêmement émouvante, est déchirée en permanence entre le désir de faire plaisir à son garçon et celui de se conformer aux règles religieuses.
Athée convaincue, j'ai néanmoins été formidablement touchée par ce film intimiste et sobre car, comme son auteur, je crois, je ne saurais dénigrer les croyants, à la condition que leur foi ne les empêche pas de penser, de vivre et n'entrave pas les libértés individuelles.
11:20 Publié dans film | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : my father my lord, david volach, juif orthodoxe






























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