07.07.2008
L,G,B, T et H, égalité
Samedi dernier, c'était la Marche des Fiertés, ex-Gay Pride. Fier d'être homo alors que la société vous dit que vous vous égarez hors du droit chemin...

L'homosexualité n'est plus sujette à réprobation ou suspicion depuis 1981 (selon la note rédigée par Gaston Deferre, alors ministre de l'intérieur à l'époque : "Aucune suspicion ne saurait peser sur les personnes en fonction de leur seule orientation sexuelle".) Le fichier recensant les homosexuels disparut alors. Et, la même année, la France décide de ne plus suivre le classement de l'OMS qui rangeait l'homosexualité parmi les maladies mentales. Différentes dispositions législatives ont suivi depuis. Notamment la loi du 4 août 1982 dépénalisant l'homosexualité, celle du 25 juillet 1985 qui sanctionne le refus d'embauche ou le licenciement en raison des "mœurs". La discrimination et l'homophobie d'une manière générale sont réprimées en particulier depuis la loi du 30 décembre 2004 qui apporte des modifications de la loi du 29 juillet 1881 sanctionnant les provocations « à la discrimination, à la haine ou à la violence." Sont en effet ajoutés aux délinquants visés par le texte de 1881 ceux qui "auront provoqué à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes en raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap ou auront provoqué, à l'égard des mêmes personnes, aux discriminations prévues par le Code Pénal." Il a été ajouté le même type de formules aux articles sur les délits de diffamation et d'injure.
La Loi, c'est bien beau, mais (et c'est heureux), elle ne modifie pas les pensées.
Les mentalités ont elles changé à mesure que les textes évoluaient? Je n'en suis pas convaincue. Cela même si j'habite Paris à deux pas du Marais et qu'une bonne partie de mes amis proches sont gays, parfaitement assumés. Sans doute parce que nous évoluons dans des milieux "privilégiés", artistes, auteurs, journalistes...où l'homosexualité n'a rien de tabou, je les ai rarement entendus se plaindre d'être victimes d'injures directes ou de discrimination.
Mais de sous-entendus odieux, d'insinuation perfides à mi-mots, oui. Elles font mal ces remarques et ces piques entendues aux terrasses des cafés. Elles donnent envie de crier, de frapper. Tout autant que celles qui donnent dans le racisme et l'antisémitisme. Elles s'immiscent dans les discours du sens-commun: "les lesbiennes ne sont pas féminines", "les gays ne sont pas de 'vrais hommes'"; "Ca leur passera, puisque ce n'est pas 'normal'."etc.

Combien de personnes se considérant hétéros s’interdisent une aventure avec quelqu’un de son sexe parce qu’elles conçoivent leur attirance, ponctuelle, ou non, comme un fantasme pervers ?
Combien de pères et de mères redoutent plus que tout que leur enfant soit homo?
Combien de parents d'élèves craignent pour leurs gamins en amalgamant homosexualité et pédophilie?
On sait qu'aujourd'hui, près d'un jeune homo sur quatre essaie de se suicider, ce qui est treize fois plus que chez les hétéros. Nombre impressionnant causé par un sentiment d'"anormalité" suscité par des préjugés tenaces et rampants. J'ai souvent entendu des témoignages d'homos qui ont grandi en province, honteux de leur orientation sexuelle, et qui ont pu enfin s'épanouir et vivre pleinement leur sexualité en quittant leur famille et en s'installant à Paris. J'ose à peine penser aux quolibets et aux rumeurs dont ils ont du être l'objet. Un lourd poids. Quand je vois un couple de jeunes filles ou garçons qui se tient la main ou s'embrasse dans la rue, je suis heureuse pour eux. De leur amour, peut-être, mais surtout du fait qu'ils s'assument pleinement et ne voient aucune raison de se cacher, de se taire. J'aimerais qu'il en soi de même pour tous. Et la loi ne peut rien pour cela.
On peut saluer les mesures en train d'être prises par Xavier Darcos, ministre de l'éducation pour lutter contre l'homophobie à l'école - mention dans la circulaire de rentrée 2008 la lutte contre l'homophobie, affichage systématique dès la rentrée de la ligne Azur dans les lycées et une brochure sur l'homophobie, qui sera disponible dans tous les établissements. Est-ce que cela sera-t-il suffisant? Il y a fort à parier que non et il y a sans doute peu à attendre du mandat de Sarkozy pour faire évoluer les lois et les mentalités, lui qui se déclare opposé au mariage et à l'adoption pour les homosexuels.
Et pourtant, malgré les progrès constants en matière législative, de grosses lacunes demeurent, notamment en ce qui concerne les transgenres. Ceux (celles) -ci sont toujours sujet(te)s au bon vouloir des experts psychiatres et autres médecins, qui, leur refusant le droit à l’autodiagnostic, refusent aux trans le droit de disposer de leur corps. Par exemple, les trans sont prié(e)s de vouloir des organes génitaux « conformes » à leur genre social, d’être stériles et d’être hétérosexuel(le)s pour pouvoir demander l’accès au changement d’état civil. Cet acharnement réservé aux trans leur rend ainsi quasiment impossible l’accès à l’emploi et les destine à une vie clandestine.
Autre exemple de non reconnaissance et d'absurdité, cette histoire arrivée il y a quelques mois à un français marié avec son compagnon aux Pays-Bas. La France, ne reconnaissant pas son mariage avec un homme, l’a déchu de sa nationalité lorsqu’il a acquis la nationalité néerlandaise. Ce qui n’aurait pas été le cas si le mariage (ou du moins un contrat civil analogue) était ouvert à tou(te)s en France.
Et puis, il ne faut surtout pas oublier la situation internationale: aujourd'hui, quatre vingt pays pénalisent encore l'homosexualité et elle reste passible de la peine de mort dans neuf d'entre eux : l'Iran, l'Arabie Saoudite, l'Afghanistan, la Mauritanie, le Soudan, le Nigeria (États du nord), le Yémen, le Pakistan, les Émirats Arabes Uni. Cela est insupportable. Nul Etat même s'il est religieux, ne doit pouvoir s'infiltrer dans l'intimité de ses habitants.
Il est urgent que partout les homos, les bi, les trans soient traités d’égal à égal avec les hétéros. Plus encore, il faut qu’il ne se fasse plus aucune catégorisation en fonction des préférences sexuelles. C’est un combat à mener sur tous les fronts, au quotidien, de manière profonde. Je ne sais comment, mais j’en suis. Nous devons partout, tout le temps, être libres de vivre la sexualité que nous souhaitons sans chercher à rentrer dans des cases.

Merci à Shadow de m'avoir inspiré ce post et de l'avoir relu (merci aussi à D. pour cela). Je vous invite de Shadow sur son blog: http://sylviedelnevo.blogspot.com/2008/07/fuck-you.html
Les références législatives sont tirés du livre d'Emmanuel Pierrat, Le sexe et la loi aux éditions de la Musardine
23:37 Publié dans moi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






























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