20.04.2008

Walk on the Wilde side

A l'occasion de la réédition des Aphorismes d'Oscar Wilde chez Arléa, une citation à laquelle j'adhère pleinement:

«Je préfère les personnes aux principes, et je préfère à tout ce qui peut exister au monde les personnes sans principes»

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09.03.2008

anticipation

Dans le réel, le futur est déjà là, seulement les fragments ne sont pas encore reliés entre eux.

 William GIBSON

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19.02.2008

Dit à la tv

Je continue à citer Julien Blanc-Gras et son dernier (et drôlement bien foutu) bouquin, Comment devenir un dieu vivant, au Diable Vauvert, j'y reviendrai certainement, je le commence juste et jubile d'avance de lire la suite.

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" Je me suis enfoncé dans le canapé pour prendre du recul par rapport à l'écran. On pouvait modéliser l'état du discours télévisé dans cette équation calamiteuse:

Premièrement, on vous explique que l'Autre est trés dangereux

Deuxièmement, on vous explique qu'il est interdit de critiquer l'Autre

Coincés entre les discours sécuritaires et le politiquement correct (ce petit puritanisme insidieux qui fait du mal à la pensée et du bien à personne), le pauvre téléspectateur se recroqueville dans son inhibition. Vainqueurs: la peur et la culpabilité, deux attitudes paralysantes comme mode de lecture de la réalité. Et l'inertie, dans un monde qui va vite, c'est la chute."

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indifférence urbaine

Malgré tout, les gens passaient, entendaient sans écouter. Ils avaient autre chose à faire, des enfants à nourrir, un cynisme à cultiver, une vie à rater.

Julien Blanc-Gras, Comment devenir un dieu vivant. Editions Au Diable Vauvert ,2008

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10.02.2008

Marcher pas droit

Ceux qui aiment marcher en rangs sur une musique : ce ne peut être que par erreur qu'ils ont reçu un cerveau, une moelle épinière leur suffirait amplement.

A.Einstein 

24.01.2008

clés - même si y'a pas grand monde que ça intéresse ;)

« Le modèle humien pense la fiction non par rapport à la vérité mais par rapport à la croyance, c’est-à-dire par rapport à la question de l’usage, du mode de fonctionnement des représentations. C’est donc un modèle pragmatique. A ce jour, il est resté marginal dans les réflexions théoriques consacrées à la fiction, même si les définitions en termes de feintise partagée s’inscrivent dans sa descendance, bien qu’elles ne soient sans doute pas toujours consciente de ce fait. »

Jean Marie Schaeffer

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Mine de rien, ça -et ce qui suit, font avancer le chmilblick: cesser d'opposer fiction et vérité pour privilégier une opposition fiction/croyance, voilà qui me permet d'avancer. Pas encore de net déblocage à l'horizon... Mais, bon, voilà.

Ça aussi , c'est chouette (si, si!):

"D’un côté, la fiction est bien entendu une mise en œuvre de l’imaginaire. Elle appartient plus précisément au domaine des représentations imaginaires qui impliquent, pour fonctionner correctement, qu’on soit conscient de leur caractère imaginaire. Il en découle que dans son cas aussi, toute définition strictement sémantique montre vite ses limites. La question de savoir si une représentation est dotée ou non de force dénotationnelle est une question de fait, au sens où sa réponse dépend exclusivement de l’existence ou non d’un état spécifique : soit les choses sont comme les pose la représentation, soit elles ne sont pas ainsi. La fiction résulte au contraire d’une décision, voire d’un pacte communicationnel, quant à l'usage qu'on décide de faire de certaines représentations, en l’occurrence un usage qui consiste à mettre entre parenthèses la question de leur force dénotationnelle. Pour le dire autrement : ce qui importe dans le cas de la fiction, ce n’est pas de savoir si ses représentations ont ou n’ont pas une portée référentielle, mais d’adopter une posture intentionnelle dans laquelle la question de la référentialité ne compte pas. (Schaeffer,  http://www.vox-poetica.com/t/fiction.htm)"

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Reste plus qu'à savoir comment faire un usage intelligent et pertinent de telles propositions théoriques... Du pain sur la planche ... A tenter sans dramatisation, sans trop d'angoisse, ni d'insomnies...

 

21.01.2008

La solitude du chercheur de fond...

Je suis loin de me sentir seule en général, bien entourée, épaulée, écoutée, connectée... Mais seule dans mes recherches, oui... Lire, écrire, effectuer des connexions, décrire, analyser... Seule... Puis confronter ce travail à l'avis de ses pairs... Critiques fondées et argumentées, mais déconcertantes, décourageantes.

Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage , ma grand mère l'a mille fois répété à l'enfant impatiente que j'étais et que je suis encore sous bien des aspects. Reprendre, relire, réviser, réorganiser:  travail intellectuel de Pénélope, sans Ulysse à l'horizon, ou un Ulysse en moi même, dans mes foutus livres, dans ce foutu corpus exemplificatoire, un déclic attendu, l'insight des cognitivistes,la découverte soudaine d'une solution qui ne devient apparente que par une réorganisation des éléments du problème.

Celui qui trouve ce qu’il cherche fait en général un bon travail d’écolier; pensant à ce qu’il désire, il néglige souvent les signes, parfois minimes qui apportent autre chose que l’objet de ces prévisions. Le vrai chercheur doit savoir faire attention aux signes qui révéleront l'existence d'un phénomène auquel il ne s'attend pas. (L. Leprince Ringuet)

Accepter de se cogner à des murs, savoir rebondir, et être attentive aux signes, donc... Changer d'angle peut-être... Mais toujours seule... Pas de panneaux d'indication, recherche d'une issue sur une voie non balisée...

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Adopter la loupe, tu me l'as dit Jacques, si souvent, mais combien de fois, aussi m'as-tu répété la métaphore de la pelote de laine? Tu tires un fil, y'a tout qui vient, et des fois, je doute de ma capacité à tricoter. Écouter mes pairs, certes, mais les mots de ceux qui sont extérieurs à ce "petit monde de la recherche" me sont d'un bien plus grand secours. Ce coup de fil de l'après-midi qui me rappelle que je ne suis pas uniquement cette chercheuse de fond. Et puis, ces mots avisés et rassurants de l'Ami. Et l'écoute de la mère. Ceux qui me connaissent mieux que moi, ceux qui n'acquiescent pas lorsque je leur dit que j'ai l'impression d'être un imposteur. Seule devant mon ordinateur, certes, mais pas dans la vraie vie, merci.

19.01.2008

Découragement

Pour réaliser une chose vraiment extraordinaire, commencez par la rêver. Ensuite, réveillez-vous calmement et allez d'un trait jusqu'au bout de votre rêve sans jamais vous laisser décourager.

Walt Disney 

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22.12.2007

La lecture, une addiction, le livre, un gri-gri

Je voudrais citer quelques lignes du dernier roman de mon amie Marianne Alphant (Petite Nuit, chez P.O.L) tant avec sa sensibilité et son art des mots, elle dit cette relation familiarité -attirance-addiction- nécessité- refuge qu'elle entretient avec les livres et que je partage.

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 "prenez soin de vous. Et qui le fera sinon les livres? Très vieux besoin  d'en avoir toujours un avec elle-grigri, viatique- , celui qu'on a commencé la veille et qu'on traîne avec soi, fût-il incommode et lourd et tombant en miettes. A tout hasard, se dit-elle, au cas où: un rendez vous qui s'annule, un métro en panne, un ascenseur qui s'arrête entre deux étages- on ne sort pas de chez soi sans cet en-tout-cas, le livre. Une peluche, un objet transitionnel, dirait Winnicott, un vieux linge. Est-ce que la petite Eoukénia en avait un? Au moins avait-elle Monsieur Beyle qui la prenait sur ses genoux et lui racontais Waterloo, à défaut de quoi il faudrait emporter le doudou, le livre dans son sac et se contenter de l'entrevoir  quand on y cherche les outils de la fonction- impossible de le sortir pendant une réunion avec les membres du conseil artistique, le service culturel de l'ambassade, le président et les chargés de mission du festival" (p.48-49)

 

Merci Marianne pour ce beau moment de lecture 

21.11.2007

L'usager de la grève

Vous le savez, je nourris une profonde admiration pour Roland Barthes, même s'il est vrai que le structuralisme a fait son temps sur le plan théorique. Cela dit, ses réflexions plus "sociologiques" à commencer par les textes de Mythologies demeurent d'une acuité remarquable

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Voilà 50 ans, Barthes écrivait ceci:

l y a encore des hommes pour qui la grève est un scandale : c’est-à-dire non pas seulement une erreur, un désordre ou un délit, mais un crime moral, une action intolérable qui trouble à leurs yeux la Nature.

Inadmissible, scandaleuse, révoltante, ont dit d’une grève récente certains lecteurs du Figaro.

C’est là un langage qui date à vrai dire de la Restauration et qui en exprime la mentalité profonde ; c’est l’époque où la bourgeoisie, au pouvoir depuis encore peu de temps, opère une sorte de crase entre la Morale et la Nature, donnant à l’une la caution de l’autre : de peur d’avoir à naturaliser la morale, on moralise la Nature, on feint de confondre l’ordre politique et l’ordre naturel, et l’on conclut en décrétant immoral tout ce qui conteste les lois structurelles de la société que l’on est chargé de défendre.

Aux préfets de Charles X comme aux lecteurs du Figaro d’aujourd’hui, la grève apparaît d’abord comme un défi aux prescriptions de la raison moralisée : faire grève, c’est « se moquer du monde », c’est-à-dire enfreindre moins une légalité civique qu’une légalité « naturelle », attenter au fondement philosophique de la société bourgeoise, ce mixte de morale et de logique, qu’est le bon sens.

Car ceci, le scandale vient d’un illogisme : la grève est scandaleuse parce qu’elle gène précisément ceux qu’elle ne concerne pas. C’est la raison qui souffre et se révolte : la causalité directe, mécanique, computable, pourrait-on dire, qui nous est déjà apparue comme le fondement de la logique petite-bourgeoise dans les discours de M. Poujade, cette causalité-là est troublée : l’effet se disperse incompréhensiblement loin de la cause, il lui échappe, et c’est là ce qui est intolérable, choquant.

La restriction des effets exige une division des fonctions. On pourrait facilement imaginer que les « hommes » sont solidaires :

ce que l’on oppose, ce n’est donc pas l’homme à l’homme, c’est le gréviste à l’usager.

L’usager (appelé aussi homme de la rue, et dont l’assemblage reçoit le nom innocent de population …l’usager est un personnage imaginaire, algébrique pourrait-on dire, grâce auquel il devient possible de rompre la dispersion contagieuse des effets, et de tenir ferme une causalité réduite sur laquelle on va enfin pouvoir raisonner tranquillement et vertueusement.

En découpant dans la condition générale du travailleur un statut particulier, la raison bourgeoise coupe le circuit social et revendique à son profit une solitude à laquelle la grève a précisément pour charge d’apporter un démenti : elle proteste contre ce qui lui est expressément adressé.

L’usager, l’homme de la rue, le contribuable sont donc à la lettre des personnages, c’est-à-dire des acteurs promus selon les besoins de la cause à des rôles de surface, et dont la mission est de préserver la séparation essentialiste des cellules sociales, dont on sait qu’elle a été le premier principe idéologique de la Révolution bourgeoise.

C’est qu’en effet nous retrouvons ici un trait constitutif de la mentalité réactionnaire, qui est de disperser la collectivité en individus et l’individu en essences.

Ceci participe d’une technique générale de mystification qui consiste à formaliser autant qu’on peut le désordre social.

Par exemple, la bourgeoisie ne s’inquiète pas, dit-elle, de savoir qui, dans la grève, a tort ou raison : après avoir divisé les effets entre eux pour mieux isoler celui-là seul qui la concerne, elle prétend se désintéresser de la cause : la grève est réduite à une incidence solitaire, à un phénomène que l’on néglige d’expliquer pour mieux en manifester le scandale.

De même le travailleur des Services publics, le fonctionnaire seront abstraits de la masse laborieuse, comme si tout le statut salarié de ces travailleurs était en quelque sorte attiré, fixé et ensuite sublimé dans la surface même de leurs fonctions. … de même que tout d’un coup le citoyen se trouve réduit au pur concept d’usager, de même les jeunes Français mobilisables se réveillent un matin évaporés, sublimés dans une pure essence militaire que l’on feindra vertueusement de prendre pour le départ naturel de la logique universelle …

…Extraits de "l'usager de la grève" in Mythologies, 1957

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