04.05.2008
Boulimie législative?
Le 16 avril dernier, la proposition de loi "visant à lutter contre les incitations à la recherche d'une maigreur extrême ou à l'anorexie, n° 289" a été adoptée par l'Assemblée. Ses principales dispositions sont les suivantes: peines de deux ans d'emprisonnement et 30 000€ d'amende pour incitation à la maigreur excessive, notamment par la publicité, quelqu'en soit le mode. Peines portées à trois ans et à 45 000€ en cas de décès. Les cibles de cette loi? Les publicitaires qui "utilisent" l'image de femmes décharnées supposées ainsi les porter en canons de beauté pour la société, les créateurs qui font défiler des filles trop maigres, et les sites "pro-ana" dénoncés dans la proposition de loi comme faisant, je cite "l'apologie de l'anorexie comme mode de vie", distillant conseils et ruses pour berner son médecin, se faire vomir ou mater la faim.
Oui, certes, l'anorexie est un problème, social mais avant tout intime. Et cette loi est un leurre, un arbre qui cache la profonde forêt de désespoir, d'angoisse et de mal-être dans laquelle se perdent ces filles qui s'arrêtent de manger. Il y a un fossé colossal entre se mettre au régime aussi strict soit-il pour ressembler à Kate Moss et s'affamer jusqu'à perdre la sensation de faim, et celle de chaleur, saoulée que l'on est par un sentiment de maîtrise. Maîtrise incontrôlée, dangereuse, peut-être fatale. Il ne faut pas juste vouloir avoir un corps conforme aux normes sociales pour supporter, s'infliger le froid, pas juste celui de l'extérieur, mais quelque chose qui pénètre et emplit jusqu'à la moelle. Descendre, s'abîmer dans un enfer privé, incompréhensible par les proches. Oui, j'ai été une de ses ados qui a passé des nuits frigorifiée sous ses trois couettes, sentant les os saillants de ses genoux gros comme des poings serrés se choquer. De celles qui nient leur corps, essayent de l'effacer. S'effacent elles-mêmes de la vie sociale. S'oublient dans la littérature et les études. Se croient fortes alors qu'un coup de vent léger les arracheraient du sol. Non, ce n'est pas la confrontation quotidienne à des représentations de femmes supposées parfaites qui m'a fait plonger. Cette loi est inutile, je dirais même infondée malgré les avis positifs des "éminents experts" (Ruffo, Jeammet et autres pontes médiatiques), ceux-là même d'ailleurs qui ont été incapables de me soigner. Je sais de quoi je parle, pistonnée, forcément, j'ai été suivie par Jeammet. Échec cuisant- 5 kg de moins après la première consultation...L'enfermement, la violence, la répression, voilà leurs méthodes. Comment leur apporter crédit? Ton mal-être, ils s'en foutent, faut faire du score, du chiffre, tant de patients soignés... mais combien d'évaporés dans la nature devant ce mur d'incompréhension. Et là, cette loi arrive avec son ciment et ses parpaings, histoire de bien le renforcer ce mur. Que les anorexiques échangent leurs "bons plans" sur le Net ne me choque aucunement, comme nous tous, elles s'adaptent, c'est tout, elles en font tout autant lorsqu'elles se retrouvent enfermées dans ces centres de soin où tout contact avec le monde extérieur leur est interdit. Cette communauté virtuelle ou factuelle, et même si on en reste marqué au fer, on peut s'en sortir. Amitié, amour, re-socialisation selon mes propres aspirations et non celles imposées par l'institution scolaire, notamment, tels ont été mes médecins, mes médicaments. Je continue à voir des mannequins décharnés, et puis des plus rondes aussi avec leur 95D et leurs courbes Marylin, chacune a son charme, je ne leur ressemblerai sans doute jamais, mais je n'ai aucunement envie ni de recommencer à m'affamer, ni de me faire poser de la silicone ou teindre en blonde. Aucune résignation, c'est juste que ma maladie, comme un méchant virus, s'est dissipée seule. J'en viens parfois à croire que c'état un passage nécessaire. Il y a un avant et un après (j'ai perdu presque tout souvenir du pendant). Dire que je me suis construite grâce à elle peut sembler choquant et pourtant, je ne serais pas celle que je suis sans elle. Vous ne m'en voudrez pas, dès lors, de ne pas partager votre fondue savoyarde (ou bourguignonne, pas de régionalisme), je garde des traces.. Cela dit, il existe sans doute, comme pour les tatouages et les vergetures des espèces traitements au laser...
Oui, cette loi est absurde... Une idée pour les législateurs boulimiques en matière de "santé publique": les défrisants et les teintures e peau font ses ravages chez les coiffeurs et esthéticiens afros du quartier de la gare de l'Est. Vous savez ce qu'il vous reste à faire...
22:56 Publié dans moi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : loi, anorexie, législation
15.04.2008
Tant mieux!

Hier soir, mon pote Yann m'a invitée au concert des Wriggles à l'Olympia...
Toujours partante pour un concert, j'étais néanmoins dubitative quant au spectacle: effectif réduit à 3 et dernier CD qui m'avait moyennement séduite.
Mais des l'arrivée des 3 trublions tout de rouge vêtus, mes craintes se sont dissipées. Une super énergie communicative, un humour féroce qui n'oublie jamais les préoccupations sociales et politiques sans néanmoins tomber dans le discours moralisateur:
"La major"
"Le Complot"
et quelques chansons plus sombres, sensibles et mélancoliques (merci Fréderic Volovitch!)comme le très bien senti "Petit Bonhomme":
ou "Désolé, mémé":
Le tout avec une mise en scène intelligente, surprenante et drôle sans accessoire superflu (3 panneaux sur roulettes et un banc pour construire un univers), des pauses "blagounettes" sympas, pas de temps mort
Bon comme un coup de pif, ce concert! -Merci Yann - en espérant que le prochain spectacle, tu y ailles avec une jolie dulcinée...
09:30 Publié dans mes sorties, moi, musique, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : les wriggles, olympia, tant pis tant mieux
02.03.2008
une bonne soirée ou le gout des choses simples
C'est simple mais chouette de retrouver des amis qu'on n'a pas vus depuis longtemps,en rencontrer d'autres boire un verre, écouter de la musique dans un bar, improviser un after chez un pote accueillant... Ca fait un bien fou, on rentre chez soi, légèrement grisés, sur le coup de 4h du mat', même pas fatiguée, des rires, des mots et des sourires dans la tête.
De la musique aussi, puisque le prétexte à cette soirée melting potes, c'était un concert de EM à l'Abracadabar

aller donc visiter leur site...

21:06 Publié dans moi, musique, toi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : soirée, melting potes, em, amis, abracadabar
26.02.2008
Maternité
Que mes amis, mon jules et même ma mère m'en soient témoins, j'ai tendance à materner, m'inquiéter pour un rien à leur sujet, à répondre présente en cas de soucis , même- surtout, lorsque ce n'est pas sollicité. J'appelle, je prends des news, j'accueille, je popotte, je dépanne. "M. soigne ce rhume, quand est ce que tu vas te décider à aller voir un médecin?", "Y., arrête ces bêtises sur le Net, je vais bien réussir à te présenter quelqu'un", "J., fais attention à vélo et maile moi pour dire que tu es bien rentré"... Je reconnais que ça peut virer horripilant. Même ma mère, je la couve, échange de rôles, par la force des choses, elle l'a fait plus souvent qu'à son tour.
Dr Freud, t'expliques ça comment, toi, cette tendance? Besoin (narcissique- peut-être?) de se sentir utile? Responsable? Je veux bien... Est-ce qu'inconsciemment cela correspond à des envies de maternité? C'est vrai que je m'attendris franchement devant les mômes, que les histoires fictionnelles ou non relatives à des enfants, ou au désir d'enfant (comme le film Holy Lola) me touchent énormément...

Mais quand une amie, ou comme aujourd'hui, La Noune- petite soeur de vacances, 22 ans à présent, accouche... Bah, je me sens super loin de tout ça, ni envie, ni rejet, juste un "Ouaouh, pour l'instant, c'est pas pour moi!" Je me vois mal, par exemple, me soucier d'une babysitter avant de sortir -dans ma tête, je suis encore la babysitter, même si mes services sont devenus des coups de main occasionnels à des amies devenues mamans. 25 ans, l'âge où nos mères -sauf la mienne, étaient déjà casées et mères ou prêtes à l'être... 25 ans... J'ai déjà du mal à réaliser que je les ai...Quand à être "casée"... Même en couple, je me sens toujours en situation précaire, peur, peut-être injustifiée, mais néanmoins réelle, que pour un oui pour un non, la relation se brise... Et puis, sentiment de pas être prête à fonder, à construire quelque chose, j'essaie déjà de me construire, moi, et c'est pas une mince affaire. Mais, et je me demandais ça dans les rayons des galeries cette aprem', cherchant avec jubilation un cadeau pour le bébé de la Noune dans la large gamme des peluches post-natales, quand est-ce que qu'on se sent prête? Je sais pas moi, tu reçois un flash de ta bonne étoile, qui te dit:"lâche pillule et capote et lance toi!"? Ou alors, ton horloge biologique tourne et tout d'un coup se met à sonner? Seule certitude, ce n'est pas une décision qui se prend par la réflexion philosophique, "vivre tue" alors, pourquoi faire des mômes avec ces guerres, cette pollution, ce chômage? Je prends donc l'option du flash et on verra bien... Une chose est sûre, si c'est un garçon, je l'appelerais Noé, belle arme nominale pour faire front aux désastres du futur...

21:25 Publié dans moi, toi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maternité, désir d'enfant
18.02.2008
Guerre des sexes
Vu aujourd'hui Notre Univers impitoyable, film canevas en mode "et si..." de Léa Frazer.

Je vous laisse découvrir le pitch sur Allociné...
Mise en scène intelligente, bons acteurs, dialogues bien foutus...La thématique de la guerre des sexes maladroitement annoncée sur l'affiche est fort heureusement traitée avec modernité. C'est plus de différence sexuée au sein de l'entreprise dont il est question. Comment, homme ou femme, réagirait-on si l'on était promus à un poste supérieur à son conjoint dans le même cabinet d'avocat? Les stigmates et attitudes induites par la réussite professionnelle sont-elles solubles dans les différences sexuées?
Le film, malgré une certaine subtilité, n'évite pas les poncifs: l'homme promu finit par se taper sa secrétaire, quant à la femme jolie et bien foutue- forcement, séduite par des arguments joailliers, engage une aventure avec son chef. Cela dit, ce qui domine ce film, ce n'est pas tant la représentation de la "guerre des sexes" mais plutôt celle de la guerre des égos et des ambitions professionnelles.
Il n'engage pas moins une réfléxion sur la différence entre homme et femme, mais au-delà de toute démarche féministe, heureusement, car cela m'aurait semblé un discours d'arrière garde.
En effet, parce que je suis persuadée qu'hommes et femmes sont égaux et différents, le discours féministe de mémé me semble clairement dépassé.
Pas question de cautionner le machisme résistant, évidemment, ni non plus d'adhérer aux thèses vénusiennes et marsiennes farfelues. Je me sens égale aux hommes à bien des égards, mais pas pareille, et c'est tant mieux.
Oui, je suis en mesure d'avoir un avis, de parler politique, économie, bref de tenir un discours autrefois réservé aux hommes, oui, je peux m'assumer seule, oui, je tiens aux acquis de le liberté sexuelle. Non, je n'aspire pas à mettre le grappin sur un homme, me caser au plus vite pour devenir une gentille ménagère de moins de 50 ans. Mais oui, s'il le faut, je peux jouer de ma fémininité. et puis, oui, j'aime bien jouer les petites choses fragiles dans les bras de mon homme.
Alors, féministe? peut-être mais sans esprit de compétition et surtout en aimant les hommes, comme amis, comme amants, et détestant les comportements féminins qui tombent sous le cliché, les jeux de séductions ridicules (les "J'attends deux jours pour le rappeler, histoire de le faire poireauter un peu"), les rires niais de celles qui adhèrent toujours aux présupposés de nos grands parents. Il m'arrive même d'être mysogine...et préfère mille fois une soirée avec mes potes (quel luxe d'être la seule fille) à une soirée pyjama entre nanas. Parce qu'entre temps, les mecs aussi sont devenus plus complexes et ont fait leur deuil des stéréotypes à papa. C'est un joli et joyeux mélange, où ce qui prime ce n'est pas le fait d'être homme ou femme, mais la personnalité.
21:15 Publié dans film, moi, toi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : notre univers impitoyable, guerre des sexes, féminisme, combat d'arrière garde
11.02.2008
Supercampus?
On apprend aujourd'hui dans les pages de Libé que Valérie Pecresse s'apprête à lancer "son projet de supercampus":
Nicolas Sarkozy en rêve - des universités avec de superbes campus à l’américaine qui feront honneur à la France, Valérie Pécresse est en train de le réaliser. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche vient de donner le coup d’envoi de l’«opération campus» visant à créer dix pôles universitaires de prestige dotés d’équipement sportifs et culturels, de superbes amphis et de labos de recherche ultramodernes. Le but est de rehausser l’attractivité internationale de la France, perdue dans les classements.
Tout ça est bel et bon semble t-il... appel aux entreprises privées mis à part... Doter la France de pôles universitaires capables de rivaliser avec ceux des U.S.A ou du Japon, quel beau projet!
Ceci dit, c'est nier les problèmes locaux et somme toute dérisoires que rencontrent les étudiants et les enseignants au jour le jour. C'est d'ailleurs sur une de ces aberrations que Libé clôt son article:
Récemment le doyen de la faculté de droit et d’économie Jean Monnet de l’université Paris-XI a interdit de brancher les ordinateurs portables dans les amphis car le réseau électrique ne le supporte pas. La ministre a assuré disposer de crédits suffisants dans son budget pour «booster la capacité électrique» des facs.

En effet, ce qui presse, ce sont des rénovations, des améliorations, plus modestes peut-être, mais qui nous changeraient bien la vie.
Vu du petit bout de ma lorgnette de monitrice à l'UFR de com' de Paris 3, je n'ai de cesse de déplorer des désordres d'organisation et un manque criant de locaux. Je suis censée assurer deux TD d'une heure et demie le lundi de 10h00 à 11h30 et de 11h30 à 13h00. Premier soucis, faute de salles disponibles, les cours n'ont pas lieux à Censier mais dans une succursale rue de Paradis. Si la rue de Paradis n'est pas, loin sans faut, située dans "un des quartiers les plus mal famés de Paris" (dixit une étudiante de L1 se plaignant au secrétariat), il faut bien avouer que les locaux ne sont pas reluisants, sous sol, sans fenêtre, sans chauffage, une salle qui résonne comme une cathédrale gothique. Mais la seconde déconvenue est d'une autre sorte: la plupart de mes étudiants du premier TD finissent un cours à 10h à Censier... 1 microseconde pour traverser Paris? Valérie aurais-tu un peu de sous pour une machine de télé-transportation pouvant transporter une petite cinquantaine de premières années??? Oui, parce que ce qui est chouette aussi, c'est qu'à ce premier cours, ils sont 50 (contre 20 au second). Compte tenu de la sonorisation de la salle, le moindre chuchotement (ou gloussement, très fréquent chez la post-ado de 18-19ans) est insupportable. Avec ces problèmes d'horaires, j'ai du réduire les deux cours à 1h00, pas beaucoup de temps donc pour leur exposer mon bla-bla sémiotico-marketing et pas non plus pour permettre à tous de s'exprimer comme dans un vrai TD (qui est censé s'opposer par définition à un cours magistral).
Plutôt que de viser la démesure et le prestige... si on nous dotait simplement de moyens pour enseigner dans de bonnes conditions et aux étudiants pour recevoir des cours à peu près corrects. Des compétences et de la motivation, le corps universitaire enseignant en a, pas besoin de grand chantier pour les mettre à profit et prodiguer un enseignement de qualité. Juste un peu de bon sens et sens des priorités suffiraient...
21:00 Publié dans moi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Supercampus, pécresse, Sarkozy, modestie, démesure, bon sens
22.12.2007
La lecture, une addiction, le livre, un gri-gri
Je voudrais citer quelques lignes du dernier roman de mon amie Marianne Alphant (Petite Nuit, chez P.O.L) tant avec sa sensibilité et son art des mots, elle dit cette relation familiarité -attirance-addiction- nécessité- refuge qu'elle entretient avec les livres et que je partage.

"prenez soin de vous. Et qui le fera sinon les livres? Très vieux besoin d'en avoir toujours un avec elle-grigri, viatique- , celui qu'on a commencé la veille et qu'on traîne avec soi, fût-il incommode et lourd et tombant en miettes. A tout hasard, se dit-elle, au cas où: un rendez vous qui s'annule, un métro en panne, un ascenseur qui s'arrête entre deux étages- on ne sort pas de chez soi sans cet en-tout-cas, le livre. Une peluche, un objet transitionnel, dirait Winnicott, un vieux linge. Est-ce que la petite Eoukénia en avait un? Au moins avait-elle Monsieur Beyle qui la prenait sur ses genoux et lui racontais Waterloo, à défaut de quoi il faudrait emporter le doudou, le livre dans son sac et se contenter de l'entrevoir quand on y cherche les outils de la fonction- impossible de le sortir pendant une réunion avec les membres du conseil artistique, le service culturel de l'ambassade, le président et les chargés de mission du festival" (p.48-49)
Merci Marianne pour ce beau moment de lecture
10:10 Publié dans citations, moi, toi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Petite nuit, marianne alphant, livre, gri-gri, doudou
19.12.2007
Casseur d'imaginaire
Quand on était mômes, y'avait toujours un petit malin pour vous dire que le Père Noël n'existe pas et que la petite souris, c'est dans tes rêves.
A l'âge adulte, il existe toujours de ces empêcheurs de rêver en rond. Preuve en est celui-ci, qui a mis à jour le mystère du murmure de Bill Murray à l'oreille de Scarlett Johansson à la fin de Lost in translation.
08:56 Publié dans moi, toi, tous les autres, vidéo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : murmure, lost in translation, Bill Murray, Scarlett Johansson
18.12.2007
Lettre(s) ouverte(s) de jeunes chercheurs à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche
Plutôt que de les paraphraser, je vous livre ici deux lettres ouvertes à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche et disponible sur le site de Sauvons la recherche. J'ai la grande chance, pour ma part, d'être AM (Allocataire moniteur), mais comme tous les doctorants, je suis menacée par la précarité de l'emploi et crains notamment les nouveaux modes de recrutement ainsi que le plan Licence (plan qui me semble d'ailleurs d'une naïveté déconcertante eût égard en particulier au manque flagrant de moyens - humains et financiers)

Lettre ouverte à Madame la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche
Madame la Ministre,
Nous, jeunes chercheurs, précaires et contractuels de l’Université, ATER, demi ATER, allocataires, allocataires-moniteurs, enseignants du secondaire, boursiers, vacataires, chômeurs, nous tenons à vous interpeller sur la loi « Liberté et Responsabilité des Universités ».
La contradiction est flagrante entre votre discours qui vante le dynamisme individuel et l’émulation collective, et votre loi qui, en précarisant les jeunes chercheurs, désorganise le travail en équipes et compromet la qualité scientifique de leur thèse :
La menace qui pèse sur la titularisation des jeunes enseignants-chercheurs* par un recrutement sur des contrats de droit privé (CDD, CDI) annonce la fin d’une Université démocratique, et de qualité : comment assurer une cohérence et un suivi pédagogiques à l’égard des étudiants dans de telles conditions de travail ? comment trouver la liberté nécessaire à une recherche d’envergure ? L’enseignement et la recherche sont des services rendus à la collectivité, leur exercice doit rester du domaine public. /(cf. art. 19)/
La mise en place du *recrutement par des « comités de sélection » composés au seul gré du Président et non plus élus au sein des spécialistes n’a aucun sens : sur quels critères les jeunes chercheurs seront-ils recrutés si ce n’est pas sur leurs compétences et la pertinence de leurs travaux ? Alors qu’on aurait pu espérer d’une réforme de l’Université qu’elle mette un terme au népotisme et au clientélisme qui n’existent déjà que trop, ce dispositif les renforce en concentrant tous les pouvoirs dans les mains d’un Président, censé être compétent tant pour recruter, évaluer et rémunérer les enseignants-chercheurs de n’importe quelle discipline que pour administrer l’Université. /(cf. art. 25)/
Une telle *dégradation des perspectives de carrière* ne peut que décourager les jeunes chercheurs, qui connaissent déjà aujourd’hui la précarité. Cette loi organise la disparition de la profession d’enseignant-chercheur en France. Comment construirez-vous les pôles d’excellence si toute une génération de jeunes enseignants-chercheurs est incitée à envisager son avenir dans les universités étrangères ?
Pour toutes ces raisons, à la suite des délégations du 6 décembre – représentant la majorité des syndicats (CGT, FSU, SUD, UNSA) et les collectifs (SLR et SLU) – , *nous demandons un moratoire sur l’application de la loi LRU* afin de permettre l’élaboration de la réforme dont l’Université a besoin, en concertation avec tous les acteurs impliqués. Pour l’avenir de l’Université, les attentes des jeunes enseignants-chercheurs doivent aussi être entendues. Nous voulons :
La revalorisation du métier d’enseignant-chercheur par la création de postes (monitorats, maîtres de conférence, professeurs d’Université) * Un recrutement des enseignants-chercheurs par les pairs selon un principe de transparence et des critères de qualité scientifique et pédagogique.*L’amélioration des conditions de travail par la mise à disposition de locaux et d’équipements nécessaires à un travail collectif, à la cohésion, et à l’émulation des équipes pédagogiques et scientifiques.
Collectif des Jeunes Chercheurs Collectif des Jeunes Chercheurs Paris 3, Collectif des Jeunes Chercheurs Paris X, Collectif des Jeunes Chercheurs Paris 1, Collectif des Jeunes Chercheurs Dijon, Collectif des Jeunes Chercheurs Amiens, Collectif des Jeunes Chercheurs Toulouse 2, etc.
Nous, jeunes enseignant-e-s chercheur-e-s précaires à l’Université
Nous, jeunes enseignant-e-s chercheur-e-s précaires, avec ou sans financement pour faire nos thèses, sans poste fixe à l’Université, serons directement affecté-e-s par les conséquences de la loi LRU.
En parallèle de nos activités au sein de laboratoires et d’équipes de recherche, nous sommes nombreux à enseigner à l’Université en tant qu’ATER (Attaché Temporaire d’Enseignement et de Recherche) ou le plus souvent demi-ATER, moniteurs ou vacataires. Nous assurons la quasi-totalité des Travaux Dirigés en premier cycle universitaire. Ceux-ci demeurent, malgré le nombre important d’étudiant-e-s par groupe (entre 25 et 40 personnes), le seul espace d’une relation privilégiée entre étudiant-e-s et enseignant-e-s. Ainsi, nous sommes les plus directement confrontés au défi de la « démocratisation » universitaire et tentons de trouver les ressources pédagogiques pour y répondre, malgré le manque de moyens et de réponse politique globale.
Le fonctionnement ordinaire de l’Université repose déjà en grande partie sur ces emplois précaires aux statuts très inégaux. Certains d’entre nous sont vacataires rémunérés à l’heure de cours, d’autres contractuels à durée déterminée (un an renouvelable une fois pour les ATER ou demi-ATER et trois ans pour les moniteurs qui bénéficient d’une allocation de thèse). Titulaires d’un diplôme de master 2 (bac + 5), nous percevons ainsi de 500 euros par semestre pour les vacataires à 1180 euros par mois pour les demi-ATER. Pourtant, ceux et celles d’entre nous qui assurent des TD se considèrent comme favorisé-e-s par rapport à la majorité des doctorant-e-s qui ne tirent aucun revenu de leurs activités de recherche.
Or la loi LRU, outre le gel de la création de poste pendant cinq ans, prévoit une dérégulation massive des emplois d’enseignant-e-s chercheur-e-s. Elle institutionnalise et renforce le recours à l’emploi précaire, y compris de personnels non-universitaires. Elle porte ainsi atteinte à nos conditions de travail, de vie ainsi qu’à la qualité du service public d’enseignement supérieur. Nous ne sommes pas opposé-e-s à l’ouverture des établissements à des profils non-universitaires. Mais celle-ci ne peut s’effectuer que dans un cadre pédagogique stable, établi par des professionnels de l’enseignement en mesure de s’investir durablement, soit des enseignant-e-s chercheur-e-s statutaires. Pour répondre aux exigences de l’explosion des effectifs universitaires en premier cycle, l’université doit innover. Tutorat, enseignements méthodologiques, développement du suivi personnalisé, ces activités permettent aux étudiant-e-s d’acquérir les compétences et les savoir-faire nécessaires à leur réussite universitaire. Or seuls d’importants moyens matériels et humains peuvent rendre possible la mise en place de ces activités. Quelques UFR, encore trop marginales, ont déjà mis en œuvre ce type d’enseignement et ont ainsi montré l’efficacité d’équipes pédagogiques cohérentes, durablement investies et fonctionnant de manière collégiale.
La dérégulation n’apportera pas les réponses dont l’Université a besoin ; la LRU aggrave au contraire les pratiques mandarinales qui sclérosent l’institution universitaire depuis trop longtemps. Les nouvelles modalités de recrutement (commission de recrutement entièrement choisie par le Président de l’Université, droit de veto présidentiel) vont renforcer les pratiques clientélistes qui existent déjà. L’autonomie de gestion des universités ne doit pas se faire sans le maintien d’un cadre national de définition des critères d’entrée dans la profession d’enseignant-e-s chercheur-e-s. La réforme que nous souhaitons est celle qui garantira l’égalité entre les Universités du point de vue des enseignant-e-s et des étudiant-e-s, tant en matière de condition d’accueil que de délivrance des diplômes et de formation.
Solidaires du mouvement étudiant en faveur de l’abrogation de la loi LRU, nous souhaitons faire entendre à ses côtés la voix des enseignant-es chercheur-e-s précaires de l’Université. La dérégulation organisée par la loi LRU s’inscrit dans un processus général de précarisation de notre génération dans le public comme dans le privé. Nous sommes ainsi confrontés à un niveau de sélection et à une dégradation des conditions de travail, que n’ont connus ni les responsables politiques qui ont décidé de cette loi, ni les présidents d’Université qui la défendent et vont en bénéficier.
Lucie Bargel, doctorante, ex-ATER, Emilie Biland, doctorante, ATER, Jean-Sébastien Eideliman, doctorant, ATER, Stéphanie Guyon, doctorante, ATER, Audrey Mariette, doctorante, ex-ATER, Sarah Mazouz, doctorante, Etienne Penissat, doctorant, ATER ,Julie Pagis, doctorante, ATER, Elsa Rambaud, doctorante, vacataire.
09:00 Publié dans moi, tous les autres | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : LRU, Réforme de l'université, Sauvons la recherche, Jeunes chercheurs, précarité
06.12.2007
Sauvons la recherche
Malgré la pluie, jolie mobilisation aujourd'hui contre la LRU. Parapluies et K-Way de rigueur (sans oublier, comme moi, les chaussures de marche isolantes, n'est-ce pas Isabelle?), étudiants, enseignants et personnel administratif ont donc défilé de Jussieu à la rue de la Montagne Sainte Geneviève (contrairement aux apparences dues au parcours, non, nous ne tournons pas en rond). Enfin, voilà, ça fait juste plaisir que malgré l'essoufflement annoncé par les médias, le mouvement tient bon et se renforce même par le soutien croissant du corps enseignant.
Sources de réfléxion et de pistes, ces vidéos "Sauvons l'Université"/"L'autre campagne" visibles sur DailMotion ou en commandant le dévédé sur le site de "Sauvons l'Université"
Universités, le grand Soir:
21:55 Publié dans moi, toi, tous les autres, vidéo | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : LRU, Sauvons l'université, Unversités-le grand soir, L'autre campagne, universitaires, mobilisation, réflexion






























